Partager l'article ! Election régionale, abstention : interview de Céline Braconnier.: Céline Braconnier est cherche ...
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Céline Braconnier est chercheuse en sciences politiques. Elle alerte sur l’absence de prise en compte de l’abstention qui se répand au-delà des quartiers populaires.
Elle a été interviewée par Mina Kaci pour le journal l’Humanité du 25 mars 2010….extraits :
Céline Braconnier, maître de conférence de sciences politiques à l’université de Cergy, était « l’auteure »avec Jean-Yves Dormagen de « la démocratie de l’abstention » éditée chez Gallimard « folio ». Les deux chercheurs y livraient le résultat de leur enquête de plus de quatre ans au sein d’une cité de Seine Saint Denis portant sur la pratique du vote en milieu populaire.
En interviewant la chercheuse, l’Humanité revient sur l’abstention massive constatée lors des deux tours de la récente élection régionale.
Dans l’entretien que nous avions publié en 2007, vous expliquiez que le déclin du travail figure parmi l’une des raison de l’abstention. Les 600 000 emplois qui ont été détruits en France amplifient-ils ce phénomène ?
Céline Braconnier : « L’extension du chômage et de la précarité ont des effets plus ou moins directs sur la démobilisation électorale. Le travail est traditionnellement un lieu de socialisation politique. Jusqu’au début des années quatre-vingt, il était un des lieux d’encadrement politique pour les milieux populaires. Plus il y a de salariés qui échappent à ce cadre là, moins il y a de chance qu’ils s’intéressent à la politique et aillent donc voter….
L’absence d’encadrement politique est-elle la seule origine de l’abstention des salariés ?
Céline Braconnier : « L’encadrement politique dont bénéficiait le milieu populaire en France expliquait un taux de mobilisation électorale plus élevé par rapport aux Etats-Unis, par exemple….Mais il y a un cumul des facteurs, dont le désenchantement très marqué à l’égard de la politique. Après un succession d’alternances gauche/droite, qui n’a pas abouti à une amélioration de la vie, les citoyens ont arrêté de croire dans la capacité du vote à transformer la situation….
Cette abstention est-elle de l’ordre de la sanction ?
Céline Braconnier : « Non, dans la mesure où il n’existe pas de stratégie politique ni de calcul. Il y a juste un indifférence lié au désenchantement. La politique ne pénètre plus dans les foyers qui ne parlent pas de politique ( Ndlr : le rôle des médias qui mettent sous l’éteignoir le fait politique et l’organisation de débat projet contre projet y est certainement pour quelque chose…). Nous constatons que ce qui domine dans les quartiers populaires et notamment chez les jeunes, c’est l’indifférence. On ne s’occupe plus d’eux, ils pensent ne pas avoir les mêmes droits que le reste de la population. Ils ont un fort sentiment d’être discriminés, ils ne voient pas de raison de s’intéresser à la chose politique et de faire un effort au moment du vote.
Vos travaux montrent que l’abstention et la non-inscription sur les listes électorales deviennent la norme dans les cités populaires. Se posera t-il à terme la question de la légitimité des élus ?
Céline Braconnier : « Le faible taux de votants pose en effet un réel problème de légitimité des élus. Il faudra bien prendre conscience de cette situation…Or les politiques ont tendance à y prêter attention uniquement le soir des résultats électoraux…( Ndlr : la dérive risque d’aller vers une américanisation du vote…). Nous remarquons que les taux d’abstention recueillis aux régionales sont dans la moyenne de ceux que l’on enregistre traditionnellement outre-Atlantique….
Cette norme est-elle en train de se répandre dans les villes particulièrement touchées par les restructurations d’entreprises ?
Céline Braconnier : « Malgré l’absence de données précise, il serait logique que ce phénomène s’élargisse. Un fait révélateur me marque : l’abstention se développe y compris dans les milieux associatifs des quartiers populaires…Les militants pourtant sont des citoyens plus politisés, ce sont les meneurs qui traditionnellement arrivent à convaincre de la nécessité du vote. Aujourd’hui leur rapport à la politique commence à se distendre et eux même pratiquent l’intermittence électorale. Les mécanismes informels de mobilisation électorale s’enrayent. Du coup, la dynamique abstentionniste s’amplifie. ( Ndlr, ce phénomène est également constaté au niveau des organisations professionnelles, de leurs adhérents et de leur sympathisants…)
petit sondage pour grand sujet, trouvé sur Pnyx.com: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/610
Jean-Marie Bernardi.